SOIS STAGE ET TAIS-TOI! avec LAURENCE GARCIA



"stage + abus", "stage + scandale" : c’est par ces mots que Cathy lance un appel sur Internet en septembre dernier pour "dénoncer une situation intolérable: l’existence d’un véritable sous salariat toujours disponible, sans cesse renouvelé et sans aucun droit".

Très vite, le mouvement des stagiaires se construit: un collectif de diplômés, "Génération précaire", fait son apparition. Faisant ses premières armes dans la rue en appelant à plusieurs manifestations et à une grève symbolique, le mouvement entend faire changer les choses. Après une pétition adressée à plusieurs ministres du gouvernement en exigeant une réforme du statut de stagiaire, les membres de Génération Précaire sortent un livre intitulé "Sois stage et tais-toi" (éd. La Découverte): du "stage photocopie" à "l’emploi déguisé", ils démontent ce qui, trop souvent, tend à devenir un système.

Le zoom d'Antoine Ly
Il y en a qui rêvent d'être pompier, astronaute ou encore médecin... Vincent Ducrey lui rêvait d'être patron. A 27 ans, il vient déjà de monter sa 2ème entreprise de conseils en informatique. Pour le moment, il fait travailler 4 stagiaires, mais il s'apprête à engager un graphiste grâce au Contrat Nouvel Embauche.

Félicitations à Youss pour son passage sur M6 dans Capital ce soir, c’est le résultat de bq d’heures de travails dont j’ai été témoin. A très bientôt sur www.outsourcia.com pour revoir le reportage pour ceux qui ont raté l’emission.

Les décideurs trentenaires, mordant sur leurs aînés de 68, créent Générations d'idées.
Objectif : revitaliser l'avenir en apportant des réponses pragmatiques aux blocages actuels.

On l'appelle la «génération Casimir», celle qui aura connu avant tout le monde le chômage et le sida, mais n'a jamais su se créer une personnalité face aux redoutables aînés de 68. Pourtant, les trentenaires refusent d'être sacrifiés en tant que «non-génération», celle qui n'aurait jamais son mot à dire dans les grands débats actuels. D'où la création de Générations d'idées, réunissant hommes et femmes d'entreprise, artistes, intellectuels, écrivains, médecins, chercheurs, tous trentenaires ou jeunes quadras décidés à faire entendre leur voix.
Créée par des chefs d'entreprise, des industriels comme le groupe Lagardère, des journalistes (Le Figaro Magazine, Technikart, BFM, La Montagne, Direct 8, etc.), des écrivains, et le soutien du cabinet d'études Tendances institut, l'entité, chargée de porter la parole des trentenaires et jeunes quadras, se veut indépendante de tout parti politique et réseau d'influence.

Objectif du premier forum, tenu le 16 mars : définir les axes de reconquête de cette génération, tenaillée par le doute et un certain pessimisme. Autour d'Erwan Lecoeur, sociologue auprès de l'Observatoire des débats publics, du rappeur Ahmed Mazouz, auteur et compositeur de Peines de Maures (label Kerozen), de François Dupuy, auteur de la Fatigue des élites (Seuil, «La République des idées»), de Louis Chauvel, auteur du Destin des générations (PUF) ou encore de Natacha Polony, auteur de Nos enfants gâchés (JC Lattès), les 150 jeunes décideurs présents ont tenté de définir de nouveaux axes de reconquête.

Pour Ahmed Mazouz, les trentenaires risquent fort de constituer «l'ex-futur avenir du pays». Même analyse d'Erwan Lecoeur : «Les trentenaires sont déjà vieux. Le succès incroyable des plans d'épargne retraite sur les 30-40 ans apparaît comme une forme de défaite de l'espoir de changer les choses. Nous sommes face à de véritables eunuques sociaux.» Idem pour les cadres, explique François Dupuy, qui se retirent du jeu de l'entreprise. « Résultat : Les trentenaires ne croient plus qu'ils seront les dirigeants de demain.» Ils sont «trop vieux pour être jeunes, et trop jeunes pour être vieux», scande Louis Chauvel.

Or, la jeune génération, celle des 20 ans, se mobilise. Et se radicalise : «Le système fabrique des générations de barbares, c'est-à-dire des jeunes gens incapables de sentir leur appartenance à une civilisation qui les a précédés, enfermés dans le présent immédiat des pulsions», souligne Natacha Polony. D'où le risque pour les trentenaires d'être pris en tenaille entre cette génération montante, très agressive, et celle de 68 s'accrochant furieusement, couteau entre les dents, à ses prébendes et privilèges.

Sur ce constat propre à une certaine morosité inquiète, la réaction salutaire viendra du public. Pour Loïc Le Meur, président de Six Apart (le plus grand hébergeur de blogs au monde), l'un des fondateurs de Générations d'idées, la reconquête de l'espoir passe par l'action et la solidarité : «Il faut s'inspirer des réussites remarquables, dans tous les domaines, pour en tirer une leçon à périmètre mondial», scande-t-il. Et accompagner les initiatives : ainsi, avec le soutien du Figaro Magazine, Générations d'idées remettra à trois trentenaires choisis en Europe (hors Union) ou dans un pays en voie de développement, un prix en fonction de la qualité économique et environnementale du projet soutenu.
Autre réaction unanime : reprendre la parole, interpeller les politiques, faire entendre la voix des trentenaires et jeunes quadras dans les débats publics. «Générations d'idées a précisément cette vocation d'une force de proposition qui est aussi d'interpeller les politiques», souligne Nathalie Brion, qui dirige Tendances institut, la société d'études partenaire.

Reste le problème de l'optimisme qui, lui, ne se décrète pas. Tandis que les débats de Générations d'idées se transmettent par blog, un jeune Français installé en Chine, Léopold Bernard, a son idée sur la question : «Il y a ici un dynamisme incroyable parce que la devise du trentenaire chinois, c'est tout simplement que demain sera encore plus beau qu'aujourd'hui. Imaginez comme la France changerait avec ce simple slogan en tête.» Une fois le premier sourire passé, c'est un peu vrai que cela change tout.

Retrouvez la transcription du débat sur generations-idees.typepad.com
PAR MARC DURIN-VALOIS 06 2503, (Rubrique Figaro Magazine)

 Est-on train d'assister à la naissance d'une génération anti-CPE, antiprécarité ?
Ce sont surtout les médias et ceux qui construisent ces mythologies dont nous nous nourrissons qui pourront parler plus tard ­ peut-être ­ de génération anti-CPE. Mais, si ses acteurs ont réagi à une mesure qui les vise directement, ils ont aussi réagi à plus que cela, et notamment au besoin de succéder enfin à ceux dont on continue de parler : les soixante-huitards. Les 30-40 ans n'ont pas d'événement fondateur, à part peut-être le sida et Casimir. Le mouvement anti-Devaquet de 1986 n'a pas joué ce rôle. Quelques-uns s'en sont bien tirés individuellement, mais cette génération n'a rien posé collectivement. Elle reste celle des enfants de la génération 68, qui ne veut pas partir. Et ceux qui émergent sont en train de pousser dans les limbes de l'Histoire leurs prédécesseurs qui n'ont pas eu le temps de s'installer.

Les 30-40 ans peuvent donc les redouter ?
Ces jeunes sont en train de faire ce qu'eux n'ont pas réussi. Et si on leur propose une autre façon d'entrer dans la société, avec un CPE très très amélioré ou des dispositifs antidiscriminatoires très forts, alors les 30-40 ans pourraient être les premiers visés, «remplacés» alors qu'ils ne sont pas encore au sommet de leur carrière. Les 30-40 ans sont déjà plus conservateurs que leurs aînés, les soixante-huitards ; ils risquent de devenir moins revendicatifs que leurs cadets.

C'est une génération de desperados ?
Ils savent que les promesses faites à leurs aînés étaient de fausses promesses. Et ils ressentent la France comme un pays de vieux, fermé et renfermé. Ce qui a fini par sembler normal aux 30-40 ans, les 20 ans, eux, ne l'acceptent plus. Pour eux, le CPE n'est peut-être qu'un prétexte, comme le prétendent certains, mais il arrive au bon, ou au très mauvais moment. Et le pire serait que, comme en 1986 ou en 1994, une fois cette révolte apaisée, on l'oublie aussitôt.
> par Charlotte ROTMAN QUOTIDIEN : mercredi 22 mars 2006

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