Les images restent en mémoire. Nicolas Sarkozy dans la cité des 4000, à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis (93).
« Pourquoi vient-il chez nous alors que ce n’est pas pire qu’ailleurs ? » La question revient souvent parmi les habitants, largement partagés entre ceux qui critiquent et ceux qui approuvent les propos du ministre d’État. Certains n’ont pas oublié la visite du président François Mitterrand en 1983, quand un jeune a été tué. « Il nous avait déjà promis qu’il allait s’occuper de nous. » La déception et le scepticisme restent perceptibles.
Depuis les années 1980, cette cité du « neuf trois » demeure, à tort ou à raison, le symbole du « problème des banlieues » et de « l’insécurité ». Les images d’émeutes urbaines, de rodéos durant certains étés chauds restent associées à quelques noms emblématiques. Dont celui de La Courneuve. Cette image correspond-elle à la réalité ? Inutile de le cacher : même pour les journalistes, aller aux 4000 suscite une appréhension. Nous avons tous une image de cette cité, même si nous n’y avons jamais mis les pieds. Cette cité, avec sa tour de 26 étages, ses murailles architecturales, longues de 150 mètres, hautes de 15 étages. Un horizon barré. Physiquement barré. Un enfermement étouffant, même si l’on respire un peu mieux depuis l’implosion de quatre immeubles.
Bâtie par l’OPHLM de Paris dans les années 1960, la cité a grandi sous le signe de la brutalité. Brutalité envers une population à qui l’on offrait seulement un abri. Quatre mille logements, qui donnèrent son nom à ce quartier ainsi réduit à un simple numéro. Les pauvres s’entassèrent dans cet espace, le plus réduit possible. Certains d’entre eux, devenus un peu moins pauvres, ont fui ce microcosme gigantesque (40 % des 35 000 Courneuviens vivent aux 4000) qui concentre, plus qu’ailleurs, tous les problèmes du moment. Le chômage y atteint les 37 %, contre 20 %, en moyenne, dans les 750 « zones urbaines sensibles ». Et rend visibles des stigmates de la crise : des grappes de jeunes désoeuvrés qui « tiennent les murs » en bas des immeubles, le regard arrogant, parfois menaçant. D’instinct, on baisse les yeux. Des murs tagués, l’odeur d’urine dans les escaliers et les ascenseurs, les ordures et les objets jetés par la fenêtre d’on ne sait quel étage, les indices noircis d’anciens incendies...
S’introduire dans la cité, c’est constater que la « minorité » apparaît, aux yeux de nombre de ses habitants comme la cause première du problème. Symptômes le plus visible du désastre humain, les incivilités, les agressions, le vandalisme ou les trafics camouflent l’origine du mal qui ronge les 4000. Ces délinquances constituent, de fait, l’essentiel de l’image des cités dites « sensibles ».
Les 4000 manquent d’argent pour se reconstruire. Il fut un temps où le PCF scandait « l’argent existe », où il instaurait les « cahiers de la misère et de l’espoir ». Des initiatives jugées, à l’époque, ringardes. S’introduire dans la cité, c’est percevoir, pourtant, combien ces actions politiques redonneraient une perspective dépassant les longues et hautes barres qui cachent la vie.