J’ai eu la chance de vivre quelques jours dans une "kommunalka", ou « appartement communautaire ».
Des centaines de milliers de Russes vivent, aujourd’hui encore, dans des appartements communautaires. Ce reliquat de l’époque soviétique résiste, à travers les décennies, aux politiques mises en œuvre pour l’éradiquer.

L’enfer de la vie en appartement communautaire perdure depuis bientôt 90 ans en Russie. Il concerne des milliers de Russes, contraints de vivre ensemble sans qu’aucun lien familial ou social ne les lie.

Les kommunalki sont apparues en 1917, alors que la crise du logement, liée à l’explosion démographique urbaine, nécessitait une solution urgente. En effet, l’idéal bolchevique d’une organisation sociale dans les Maisons communes (inspirées du concept de Phalanstère) s’avéra vite irréalisable, en raison notamment de son coût. Le pouvoir soviétique décida donc, dès mars 1918, de réquisitionner tous les hôtels particuliers et les appartements de «bourgeois». On eut tôt fait de les réaménager et d’y installer, provisoirement, des familles ouvrières, logées aux côtés des propriétaires. Ces derniers furent définitivement privés de leurs droits en 1929. Dès lors, c’est l’Etat seul qui géra le patrimoine immobilier national.

Dans les années 1930, les couches supérieures de la société soviétique commencèrent à s’embourgeoiser et à aspirer à un mode de vie plus confortable. Si, dix ans auparavant, toute manifestation de la vie «privée» était contre-révolutionnaire, celle-ci fut alors encouragée. C’est à cette époque qu’on lança des programmes de construction d’immeubles de «style stalinien». La kommunalka restait encore l’habitat de la majorité de la population, avec son mode de vie, ses conflits, sa saleté, ses parties communes dégradées… Ce qui n’était pas un projet idéologique mais un mal temporaire s’ancra donc dans le temps et dans la société soviétique.

En 2002, on comptait à Moscou 100.000 kommunalki, dans lesquelles vivent 452.000 personnes (5,3 % de la population de la ville). A Saint-Pétersbourg, en 2005, 70 % des appartements du centre ville sont communautaires et abritent 536.000 personnes (11,4 % de la population).