REDONNER LA feuille de route, repréciser les priorités, revenir à des propositions concrètes. A cinq semaines du premier tour, Nicolas Sarkozy a souhaité, hier soir, devant 8 000 personnes réunies au Zénith de Nantes, « faire le point ». Tel le marathonien, à la mi-course, il a voulu faire taire les critiques, effacer cette impression de flottement laissée ces dernières semaines. Et surtout, tordre le cou à la rumeur selon laquelle l'inquiétude gagnerait le favori des sondages devant la montée en puissance de François Bayrou. Dans un discours moins littéraire qu'à l'accoutumée (Henri Guaino a laissé la plume à Emmanuelle Mignon), le ministre-candidat a préféré la précision aux envolées lyriques. Plusieurs parlementaires lui avaient demandé de « revenir à du concret ». Une cohérence qui s'est donc traduite par une succession « d'engagements » à tenir « dès l'été 2007 ».

Le Zenith de Nantes FULL !
Il veut « créer un choc en faveur des revenus du travail » en portant à 25 % de plus la rémunération des heures sups. Il a également confirmé la mise en place sans délai du « bouclier fiscal à 50 % du revenu ». « Dès le moins de juin prochain », il mettra en oeuvre sa promesse de déduction de l'impôt des intérêts d'un emprunt immobilier. Autre action prioritaire, le candidat lancera des « négociations pour revaloriser la condition enseignante ». Il confirme un desserrement de la carte scolaire « dès la rentrée 2007 ». « Les établissements scolaires pourront recruter 20 % de leurs effectifs en dehors du secteur et consacrer 25 % de leur budget à leur projet pédagogique », détaille le candidat.
Revenant sur le « ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale », il a renoncé à en modifier le libellé. Dans la version écrite de son discours, il l'avait rebaptisé « ministère de l'Immigration et de l'Identité républicaine ». Mais, sans doute conforté par les sondages, le ministre-candidat a finalement choisi de ne pas citer ce passage.
«Le candidat le mieux préparé»
Accompagné des ex-centristes Christine Boutin et Christian Blanc, Nicolas Sarkozy a ciblé François Bayrou. Sans citer son nom, il a ironisé : « Il y a moins de risque à exprimer une grande ambition qu'une petite. » Avant d'ajouter, féroce : « Si je suis candidat à la présidence de la République, ce n'est pas pour couronner une carrière politique ; ce n'est pas pour goûter à l'ivresse du pouvoir que je connais de près », a-t-il lancé dans un portrait à peine dissimulé de son rival béarnais, dont il moque en privé la « grosse tête ». Nicolas Sarkozy, lui, s'est présenté en candidat qui veut « agir pour entrer avec confiance dans le XXIème siècle ». A François Bayrou, qui juge dans une interview au Nouvel Observateur « la situation pire qu'en 1958 », Sarkozy répond : « Les problèmes ne sont pas plus difficiles à résoudre qu'en 1914, qu'en 1940 ou qu'en 1958 ». Regonflé par le dernier sondage CSA qui marque un recul du candidat UDF, le ministre-candidat a cependant refusé de le commenter : « Les Français comparent. Bientôt, ils choisiront. » Christian Blanc a enfoncé le clou : « C'est le candidat le mieux préparé qui est le favori de cette élection.